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De retour dans l’unité d’oncologie, je vais m’asseoir sur une chaise et observe les va-et-vient incessants du couloir. Les infirmiers et docteurs marchent d’un pas décidé, savent où ils vont, avec quels patients ils ont rendez-vous et quels traitements leur donner. Ils sont ponctuellement accompagnés du roulement d’un chariot préparé pour un soin ; la bâche en plastique couvrant une machinerie complexe frémit à chacun de leur passage, souffle régulier rythmant leur course. J’entends des bribes de conversation : cette adolescente en soin palliatif va pouvoir partir pour un temps en vacances. Je me sens plein d’une tristesse sereine : elle est en vie.

Une infirmière sort d’une chambre. Elle me sourit : son soin est terminé, la mère sera sûrement intéressée. Je rentre alors et aperçois l’enfant le plus jeune rencontré jusqu’ici. À neuf mois, il a déjà passé près de la moitié de sa courte vie à l’hôpital. Une greffe s’approche, le transfert en isolette aussi. La mère m’explique, son fils vit bien l’hospitalisation, il est bien trop jeune pour comprendre. Il joue, semble presque apprécier les visites du corps médical. Quand je m’intéresse à sa façon de traverser cette épreuve elle s’ouvre et me raconte ses journées et sa quête de raisons. Je fais quelques images, l’enfant me regarde, étonné presque. Lorsque, fatigué, il demande sa mère, je comprend que mon temps se termine et m’éclipse.

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Je profite que la chambre mitoyenne soit vide pour y rester quelques instants. «Une fois, je me suis couché dans un lit, pour voir ce que les enfants voient, pour me mettre à leur place. Pour comprendre» m’a dit une infirmière. J’aime cette démarche et je choisis de l’imiter, mes pieds dépassants du lit d’une bonne vingtaine de centimètres me rappellent le nombre d’années qui me séparent de mon hospitalisation en oncologie. Je fixe le plafond et me questionne. Où en suis-je dans mon parcours mémoriel? Je me mets en scène dans la chambre, fait des autoportraits, rejoue les rôles de ces scènes qui m’ont construit.

En attendant la prochaine rencontre, je pars en quête d’air libre. Des jeux de mes souvenirs ne reste que l’âne en métal, statue solitaire et témoin discret du temps passé. Je n’ose imaginer le vertigineux nombre d’enfants qui, comme moi, ont joué, jouent, et joueront avec. Je fais quelque pas, souris à une famille. Un père croisé plus tôt est assis sur une marche, seul. Les yeux fermés, il semble profiter du soleil et de ce bref moment de calme au milieu de sa tempête d’inquiétudes. Quelques mètres plus loin, un groupe d’adolescents discute bruyamment, l’une d’entre eux est sous perfusion, les autres semblent vouloir lui changer les idées, et, à force de chutes de trampoline la font rire. Je m'assois et les observe du coin de l’oeil. La douceur frivole de ce moment me fais oublier les réalités de ces murs.

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